Guide d’utilisation de l’arbalète à la chasse du gros gibier

1-Introduction

La chasse au gros gibier demande beaucoup de pratique et de connaissances spécifiques aux armes de jet utilisées. La chasse à la carabine et la chasse à l’arbalète sont diamétralement opposées.

Dans le cas d’une arme à feu, on utilise un projectile propulsé à haute vitesse créant une énergie cinétique et un effet hydrostatique qui vont se transférer à la bête lors de l’expansion du projectile à l’impact. Ce choc endommagera plusieurs tissus vitaux dans le canal de pénétration et entraînera une mort rapide. Dans le cas de l’arbalète, les lames sur les pointes de chasse vont couper les tissus, vaisseaux sanguins et organes vitaux, ce qui va entraîner une hémorragie fatale dans la zone vitale. Donc, plus la flèche pénètre profondément, c’est-à-dire de part en part de l’animal, plus ce dernier va perdre de sang et mourra rapidement, ce qui facilitera sa recherche.

Dans les pages qui suivent, nous présentons des trucs et astuces, ainsi que des tableaux d’information pour vous aider à utiliser adéquatement votre arbalète et d’une manière responsable.

2-Connaissance de l'arbalète

En examinant les arbalètes des tests, nous avons constaté à maintes reprises que les cames n’étaient pas synchronisées, que la tension du ressort sur la flèche était trop grande (ce qui fait basculer vers le haut la pointe de la flèche ainsi que la flèche ), que les vis de la lunette de visée, que les branches ,poulies et autres composantes étaient desserrées et que les cordes et leur tranche-fil étaient usés ou brisés. Cela contribue à diminuer la précision sur plusieurs arbalètes et peut créer un tir erratique.

Le ressort de rétention peut être brisé ou plié si une mauvaise technique d’étirement est employée. On doit armer l’arbalète par la corde d’allonge vers l’arrière, soit vers les hanches.

Toutefois, un écart latéral de 2,5 cm (1 po) dans la prise de la corde d’allonge n’a causé aucune dispersion du groupement des flèches à la cible. Ajouter un peu de lubrifiant sur le pont permet d’atténuer les adhérences et, ainsi, d’obtenir un meilleur groupement, car la vitesse des flèches est plus constante. Mais une quantité excessive de lubrifiant peut faire perdre jusqu’à 10 % de la vitesse, changeant ainsi la balistique.

Enfin, lors du tir, restez immobile et regardez à travers votre lunette de visée la flèche pénétrer dans la zone vitale. De cette manière, vous obtiendrez une plus grande précision.

3-Connaissance des flèches (pointes de pratique et de chasse)

Les normes de fabrication pour les armes à feu et les munitions font en sorte que chaque cartouche de même calibre à poids égal tire environ de 2 à 15 cm (3/4 à 6 po) à la même place d’une marque à l’autre à 100 mètres.

De leur côté, les chasseurs à l’arbalète doivent assembler eux-mêmes leur propre combinaison de flèches et pointes de chasse. Si la combinaison n’est pas équilibrée, le point d’impact peut varier de 5 à 30 cm (2 à 12 po) à une distance de 30 mètres.

Nous avons mesuré 50 flèches neuves de carbone et toutes ont un gauchissement du tube variant de 0,001 à 0,010 pouce; cette irrégularité va modifier le point d’impact.

Les pointes de chasse à 2, 3 ou 4 lames, fixes ou rétractables, n’ont pas le même point d’impact que les pointes de pratique.

Les plumes brisées ou gauchies font changer le point d’impact de 2 à 5 cm (3/4 à 2 po), ouvrant aussi du deux tiers le groupement à 30 mètres. Une ou deux plumes altérées créent une asymétrie ayant plus d’influence sur l’ouverture du groupement qu’un bris sur les 3 empennes (plumes) à la fois.

Le groupement s’élargit de 5 % si la masse des flèches d’un assortiment varie de 10 %. Également, le poids des flèches fait varier le point d’impact; il faut donc numéroter les flèches pour les identifier.

L’arbalète n’est pas une arme à feu.

Les pointes de chasse n’agissent pas dans le gibier comme le projectile ou boulet d’une arme à feu.

Le projectile ayant un effet contondant à fort transfert d’énergie lors de l’impact, il prendra de l’expansion dans la bête (le fameux « champignon »). Une bonne rétention du boulet lui permettra de transférer toute son énergie pour briser les chairs et produire un effet hydrostatique.

Une flèche à pointe de chasse nécessite 16 fois moins d’énergie pour faire tomber un orignal (environ 90 livres-pied pour la flèche contre 1500 livres-pied pour le projectile) parce qu’elle agit en tranchant les chairs, vaisseaux sanguins et organes vitaux sur une grande superficie sans déformation des lames. Le dommage infligé est donc d’abord hémorragique. Il devient avantageux que la flèche traverse l’animal de part en part pour maximiser la perte sanguine et faciliter la recherche.

Certains réflexes développés à la chasse avec arme à feu ne sont donc pas transposables à la chasse avec arbalète.

Le centre de la zone vitale (cœur, foie et poumons) demeure le seul point de visée acceptable, en tir perpendiculaire et lorsque le gibier est immobile.

4-Connaissance de la lunette de visée et ses réticules

Un réticule permet, dans un appareil optique, d’effectuer des visées plus précises par des fils croisés simples ou multiples traçant un repère qui permet des alignements.

Il y a 2 types de lunettes de visée, soit de puissance fixe ou de puissance variable. Le viseur de la lunette de visée est monté avec des lignes horizontales (les barres), des points, des petits ronds ou des petits triangles qu’on va utiliser comme référence au point d’impact selon la distance de tir.

Nous avons observé des modèles où les barres sont toutes à la même distance et d’autres dont la hauteur entre elles change, et ce, autant pour les fixes que pour les variables. En plus, dans le cas de lunette de visée à puissance variable (représentée souvent en vitesse des flèches), la hauteur des barres change avec la puissance transmise à la flèche.

Donc, si votre réticule central est ajusté pour un tir à 15 m, il faut absolument valider à quelle distance les barres 1, 2 et 3 compensent pour atteindre la cible à 20, 25 et 30 m. Nous avons observé des écarts de 10 cm et plus entre les points d’impact des flèches dans la cible.

Le tableau suivant présente les résultats de nos expériences sans modification de la lunette de visée des chasseurs déjà ajustée de 18 à 32 m.

Tableau 1 : Position verticale (en cm) d’impact des flèches dans la cible selon le trait (barre) de réticule sélectionné dans le viseur ;
Test à une distance de 30 cm.


Mise en garde : Le grossissement nous fait paraître la cible plus proche, mais ne change pas le comportement de la flèche.

5-Pratique de tir 20 à 30 mètres

La flèche de chasse type adopte la trajectoire (courbe en noir) illustrée ci-dessous. Cette courbe doit intercepter le canal de la zone vitale du gibier, illustrée en vert pour le chevreuil (diamètre de 20 cm) et en jaune pour l’orignal (diamètre de 40 cm).

Par exemple, avec une flèche de 400 grains commençant sa course à la vitesse de 350 pieds par seconde : pour assurer que le vol de la flèche reste dans la zone vitale sans corriger la visée, il faudra tirer à une distance maximale de 26 mètres pour abattre un chevreuil et à peine plus de 30 mètres pour un orignal.

Graphique 1 : Trajectoire

La trajectoire d’une flèche courbe beaucoup plus rapidement que celle d’un projectile d’arme à feu, donc chaque mètre de distance fait une différence au tir à l’arbalète et l’utilisation du télémètre est primordiale.

6-Test de tir à l'horizontale et en mirador

Les tirs en mirador ont été effectués à une hauteur de 4,1 mètres, et à des distances de 20 et 30 mètres. Des tirs comparatifs à l’horizontale, à la même distance, permettent de comprendre l’effet de la dénivellation du mirador, en comparant les cibles.

À la grande surprise, peu importe la vitesse, le point d’impact ne baisse pas plus que de 5 cm entre le tir horizontal et celui effectué en mirador. L’effet est plus marqué à distance moyenne (20 m) qu’à une distance plus grande (30 m), car l’angle vers le bas est plus prononcé à 20 m. À cause de cet angle, il faut donc déplacer le point de visée un peu plus haut vers le dos de l’animal. Il faut visualiser le passage de la flèche dans la zone vitale.

Bien que le point d’impact se déplace légèrement, le groupement demeure le même lors d’un tir en mirador que lors d’un tir à l’horizontale.

Toutefois, au-delà de 30 mètres, la chute de la flèche devient plus importante, atteignant 30 cm.

Une raison de plus pour ne pas dépasser 30 mètres de distance de tir afin de ne pas rater la zone vitale du gibier.

7-Test de tir dans la viande et les os

Des tirs effectués sur des parties de carcasses animales démontrent qu’une flèche mal logée n’aura pas d’effet létal à court terme, vu la faible énergie et le mode d’action des flèches d’arbalète. Ainsi, les pointes de chasse qui ont rencontré l’os de la palette d’épaule se sont brisées ou ont simplement dévié.

Il est donc inutile de tirer, sur l’animal, dans d’autres parties que la zone vitale. Considérez également qu’une majeure partie de cette zone spongieuse cœur-foie-poumons est protégée par les côtes rigides (cage thoracique). La flèche doit donc posséder une bonne énergie pour franchir cette barrière naturelle : assurez-vous de tirer lorsque vous êtes près du gibier, à l’intérieur de 30 mètres.

8-Test de tir dans les branches et comportement dans le vent

Les branchages

Un chasseur, avide de saisir une opportunité, tire parfois même lorsque le gibier n’est pas bien visuellement dégagé, c’est-à-dire lorsqu’il est positionné derrière des broussailles (même très petites).

Une telle pratique est à éviter pour plusieurs raisons, outre la dangerosité de la chose. D’abord, les lames rétractables sont peu résistantes au passage dans les branches. Certaines se sont littéralement brisées en morceaux lors des tests.

Même l’usage de lames de chasse fixes ne résout pas les autres problèmes : les points d’impact variaient de plusieurs centimètres et, surtout, les groupements de flèches d’une même volée présentaient des dispersions impressionnantes avoisinant parfois les 2,5 mètres!

Quelles sont alors les probabilités d’atteindre la zone vitale? Le tableau présenté à la fin de cette section résume la situation.

Le vent

Nos tests ont été faits avec une simulation de vent de 17,7 km à l’heure perpendiculaire à la direction de tir.

Un vent surgissant environ à mi-chemin de la trajectoire (14 m) n’a que peu d’incidence sur le groupement et pratiquement aucune sur le point d’impact, car la flèche en vol est déjà stabilisée.

Toutefois, le même vent agissant à 4,5 m du tireur a un effet néfaste sur le point d’impact et sur le groupement. Notamment, le groupement peut s’élargir de 1 ou 2 mètres!

Il importe donc de savoir « lire » le vent pour compenser son effet avec les tourelles de la lunette de visée ou en décentrant le point de visée.

Tableau 2 : Pourcentage de probabilité de manquer la zone vitale en considérant la dispersion du groupement des flèches.

Conclusion
Le tireur a donc de 80 à 99 % de risques de rater la zone vitale.

Un chasseur responsable va attendre que l’animal soit immobile et bien positionné pour viser le centre de la zone vitale.

9-Réaction de l'animal (niveau sonore)

L’appel des femelles cervidés atteint une intensité sonore d’environ 60 décibels et les arbalètes décochent avec un son d’une moyenne située dans les 90 décibels, malgré des pièces intégrées sur l’arme pour atténuer les effets sonores.

Le tir à l’arbalète étant effectué à courte distance et à basse vitesse (comparativement au tir avec une arme a feu), il est évident que le gibier entend la décoche incluant les vibrations d’ultra-haute fréquence et tente de fuir, se coucher ou sauter avant que la flèche ne l’atteigne. La rapidité du cerf de Virginie lui permet de fuir, contrairement à l’orignal, si le tir est décoché à distance adéquate (moins de 30 m).

Comment remédier au problème? Un tir à une distance supérieure pour étouffer le bruit est impossible : il faudrait compter une énorme distance pour tromper le chevreuil. La vitesse de la flèche n’est que peu modifiable et ne pourra pas être augmentée pour atteindre celle du son, qui dépasse les 1050 pieds par seconde.

Il faut au contraire se rapprocher du chevreuil afin de réduire l’intervalle de temps entre l’arrivée du son à son oreille et l’impact de la flèche dans la bête.

Si cet intervalle est inférieur au temps réflexe de l’animal (quatre fois plus rapide que celui de l’homme), nos chances de l’atteindre dans la zone vitale augmentent.

Tableau 3 : distance de tir sur le chevreuil en tenant compte de l’ouïe de l’animal et de son temps de réflexe (sans aucun autre facteur négatif).

Note : La pénétration et la trajectoire de la flèche à plus de 30 m risquent de simplement blesser votre bête, par manque d’énergie cinétique.

10-Points importants sur la sécurité (les armes de jet et les doigts)

  • Examinez les fissures, les changements de couleur sur vos branches (signe de faiblesse);
  • Vérifiez la largeur des branches de votre arbalète sans tension pour valider l’espace de sécurité dans vos caches;
  • Serrez toutes les vis adéquatement et scellez la tête de la vis;
  • Si votre arbalète n’est pas munie de protecteur pour les doigts, redoublez de prudence en tirant (gardez les doigts de la main porteuse sous l’arbrier (pont));
  • Validez le gauchissement de vos flèches en les roulant sur une surface plane;
  • Alignez idéalement vos pointes de chasse fixes avec vos plumes;
  • Vérifiez que l’encoche est à 90 degrés avec la plume coq;
  • Vérifiez toujours que votre flèche touche à la corde avant de faire le tir pour éviter de faire un tir à vide (peut provoquer des blessures sévères au tireur);
  • Vérifiez si la flèche présente des fissures.

11-Accessoires

  • Télémètre
  • Étui de transport (rigide ou flexible)
  • Carquois
  • 6 flèches identiques (longueur, grosseur, masse)
  • 6 lames de chasse identiques (masse)(fixes ou rétractables)
  • 6 pointes de pratique de même pesanteur que vos pointes de chasse
  • Cire pour corde
  • Lubrifiant pour pont (arbrier)
  • Clé hexagone
  • Corde de rechange déjà étirée
  • Tendeur de corde (système d’étirement)
  • Cordon d’allonge
  • Extracteur de flèche
  • Accessoire (clé) pour changer les pointes
  • Nettoyeur de lentilles et lingette
  • Batterie (lunette de visée, télémètre, laser)
  • Bloc de pratique en styromousse haute densité
  • Ruban d’arpenteur (biodégradable si possible)
  • Flèche de désarmement

12-Accès à un chien de sang

Il arrive qu’il soit nécessaire de faire appel à un conducteur de chien de sang et à sa bête pour retrouver le gibier blessé, surtout si les indices visuels sont inexistants ou difficiles à interpréter.

Au point de vue éthique et pour votre récupération, le chien de sang est un INCONTOURNABLE dans la recherche d’un gibier blessé (mortellement).

De plus, pour un montant d’argent négligeable, vous sauverez une partie de chasse qui vous en a coûté beaucoup plus.

Pour toute information, vous pouvez visiter le site Web http://www.accsq.com/

13-Conclusion

Après avoir utilisé 6 arbalètes différentes et tiré plus de 300 flèches, nous pouvons constater que l’arbalète est performante avec des flèches de poids égal et à courte distance, jusqu’à 30 mètres. Pour des distances supérieures à 30 mètres, l’utilisation du télémètre est primordiale, et les risques de blesser l’animal augmentent beaucoup, en raison du vent, des changements de points d’impact, des différences de poids des flèches, des erreurs de visée causée par les multiples lignes de référence de visée sur le réticule de la lunette de visée , de l’instabilité du tireur et, surtout, d’une pénétration insuffisante de la flèche pour transpercer le corps de la bête dans la zone vitale de part en part afin de favoriser un écoulement sanguin et de faciliter la recherche du gibier.

En terminant, lors de vos pratiques de tir, vous devez toujours vérifier et tirer les mêmes flèches et pointes de (pratique et de chasse) que vous utiliserez à la chasse, et ce, en portant vos vêtements de chasse si possible. Le succès de votre tir dépendra de votre pratique de tir à différentes distances, et ce, dans différentes conditions climatiques, sans oublier la stabilité de l’arme.

Chaque année, des milliers de chasseurs à l’arbalète sillonnent les territoires de chasse au gros gibier dans le but de récolter leur bête dès le début de la saison de chasse. D’autant plus qu’il s’agit de la meilleure période de l’année, soit celle du rut chez l’orignal, dépendamment des zones.

La nature même de l’arbalète nécessite de la part du chasseur beaucoup de connaissances et d’expérience avec son équipement, afin de réussir son tir du premier coup et, ainsi, d’éviter de blesser ou même de perdre un animal blessé. En prime, la venaison sera de meilleure qualité.
De nombreux tests ont été effectués à diverses distances et dans des textures différentes, ce qui a permis de mieux comprendre les caractéristiques de cette arme et d’élaborer les recommandations et les trucs contenus dans le présent guide.

Préparé par :
Marius De Champlain, moniteur de tir
Suzanne Desjardins, B. Sc. Physique et monitrice
Louis Hébert, professeur et moniteur

En collaboration avec :
ZEC Bas-Saint-Laurent : 418 723-5766
Club de tir du Bas Saint-Laurent : 418 725-4570

Nos remerciements :
Jeannot Ruel
Ernie Wells
ACCSQ 11/2016

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